voici donc une interview tiré du meme site que pour les autres
http://www.cinetelerevue.be/cfml/page_interview.cfm?IDArticle=2685
LE HÉROS DE « LA CRIM’ » SE LANCE DE NOUVEAUX DÉFIS ET DIT TOUT CE QU’IL A SUR LE CŒUR
A 13 ans, encouragé par ses parents, Dominique Guillo entrait au Conservatoire de Nice grâce à une dispense. Trois ans plus tard, un premier prix d’interprétation en poche, il rejoignait la capitale. Après une quarantaine de rôles et presque dix années consacrées au théâtre, la télévision a commencé à faire appel à lui. Depuis, il a participé à de nombreuses séries comme « Les moissons de l’océan », « Une femme d’honneur » ou encore « Les Cordier ». Mais c’est le personnage du lieutenant Sisko dans « La crim’ » qui l’accapare depuis six ans. Fou de cinéma, il rêvait depuis longtemps d’aborder la mise en scène. C’est aujourd’hui chose faite : après avoir tourné trois courts métrages, il a signé les douze derniers épisodes de « La crim’ ». Désormais, son plus grand désir est de réaliser son premier long métrage, dont il serait l’un des acteurs. Un nouveau défi pour ce tempérament passionné, conscient qu’il n’a pas choisi un métier de tout confort et qui ne s’en plaint pas.
— Vous avez réalisé les six nouveaux épisodes de « La crim’ », que France 2 diffuse actuellement. Pari tenu, donc!
— En quelque sorte. Les amis metteurs en scène avec qui j’ai travaillé disaient tous : « Dominique sera réalisateur. » J’ai toujours été très curieux sur un plateau : je posais quantité de questions, je voulais savoir pourquoi on utilisait tel ou tel objectif... Les comédiens passent beaucoup de temps à attendre que la technique soit prête et j’en ai profité pour acquérir des connaissances dans ce domaine.
— Et que vous a apporté le fait d’être un vrai cinéphile?
— Des références, bien sûr, et des envies de faire « comme dans... ». J’ai été énormément influencé par les films d’outre-Atlantique, d’autant que « La crim’ » a une connotation d’image assez américaine. Je me suis amusé à renforcer encore davantage celle-ci et à la « cinématographiquer » un peu plus. Cela m’a valu des compliments comme des reproches de la part des décideurs. Je me suis permis des envolées qui n’étaient pas toujours perçues comme très utiles par mes supérieurs...
— Sur ce tournage, les acteurs forment une bande de copains. N’est-il pas compliqué de les diriger?
— Si, car il faut mettre une casquette. Dès le premier jour de travail, vous êtes le patron, on ne peut pas y échapper.
— Vous leur avez dit : « A partir d’aujourd’hui, on se vouvoie »?
— Presque! Mais comme ils savent que je suis quelqu’un de précis et d’assez exigeant, ils ont bien accepté la chose. Par ailleurs, c’est très intéressant d’avoir de l’autorité sur l’intimité des personnes. Je savais ce qui pouvait gêner ces quatre amis très proches, les bloquer, leur enlever des capacités et des envies, les motiver, les exciter...
— Vos relations hors tournage s’en sont-elles trouvées modifiées?
— Lorsque je jouais dans la série, on bavardait entre les scènes. Quand j’étais derrière la caméra, pas du tout. Mais comme on se voyait très souvent et que l’on va au restaurant les uns avec les autres, on parlait parfois le soir même de l’évolution de l’histoire.
— Y a-t-il eu malgré tout des frictions?
— Certains éléments humains sont fort difficiles à gérer dans ce métier. Il y a eu en effet quelques débordements, quelques malentendus d’autorité par rapport à des comédiens plus âgés que moi. Un plateau est une concentration de sensations à vif très particulières. On y est fragilisé. L'aspect psychologique du boulot m’a ravi.
— Réaliser s’est donc révélé aussi excitant que vous l’escomptiez?
— Oui, vraiment. Pour moi, c’était « Space mountain » tous les jours! Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie. Chaque veille de tournage, je recommençais presque tout ce que j’avais préparé en amont, par pur plaisir. En allant me coucher, j’étais triste d’avoir terminé.
— Peut-on avoir une vie privée dans ces moments-là?
— Non, on est complètement en apnée et l’on ne pense qu’à ça. Je n’ai pas eu une vie sociale très riche pendant ces cinq mois. Beaucoup de gens s’en sont plaint. J’ai tourné des films en tant qu’acteur, où le rôle était très fort, mais je ne me suis jamais senti à ce point investi mentalement et physiquement. Mon métabolisme était complètement chamboulé, mais c’était très agréable. Je m’endormais impatient que le réveil sonne le lendemain, pour aller tourner les séquences sur lesquelles j’avais planché jusqu’aux petites heures. J’ai dormi quatre heures par nuit sans être jamais fatigué. Le dernier jour de tournage, la pression étant retombée, je me suis senti soudain épuisé.
— Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu le résultat de votre travail au montage?
— J’ai regardé ces images qui m’ont demandé tellement de concentration, de tension, de densité, et tout d’un coup, j’ai vu qu’elles coulaient toutes seules. Cela m’est apparu très léger par rapport à l’investissement. Je n’étais pas déçu pour autant. Mais plutôt que de décider de me relâcher, j’ai choisi de densifier encore mon travail la prochaine fois.
— Le réalisateur Guillo mène-t-il la vie dure à l’acteur Guillo?
— Oui, je me suis souvent senti mauvais au début. Se diriger est assez schizophrénique : une partie de vous joue et une autre regarde les autres acteurs et surveille la scène.
— Lemarchand, Scandella, Vallon et Sisko sont-ils deux fois plus motivés maintenant qu’ils ont Sarkozy pour ministre de l’Intérieur?
— Votre question est très politique... Curieusement, les artistes sont souvent considérés comme étant de gauche, contre la bureaucratie, anti-flics... Or, nous sommes très nombreux aujourd’hui à jouer des policiers à la télévision, et avec quelle fierté et quelle joie! Peut-être est-ce pour cela que nous essayons de les sublimer. Mais c’est assez étonnant de se dire que l’on endosse le rôle d’un représentant de l’ordre six mois par an, depuis six ans. Cela dit, je ne suis pas du tout contre un minimum d’ordre. J’habite le deuxième arrondissement, proche du neuvième, dans un quartier sensible, et il m’est arrivé, le soir, de voir des flics qui ne bougeaient pas face à des situations anormales, des petits délits douloureux, des petits soulèvements dangereux. Je crois qu’ils ont souvent peur, et il y a de quoi... Même si vous avez un colt, il n’est pas évident d’affronter une rixe, avec des mecs pas nets, la nuit du samedi au dimanche, à une heure du matin, quand tout le monde est à moitié ivre. Mais cela fait partie de leur boulot aussi!
— Dans ces cas-là, le lieutenant Sisko qui vous habite a envie d’y aller?
— Je l’ai fait il y a deux jours. J’ai vu trois flics qui observaient quelque chose sans bouger. A dix ou quinze mètres, un mec était bastonné par un autre. Je me suis approché des policiers et je leur ai dit : « Vous vous rendez compte de ce que vous faites? » Cela me gêne autant qu’un médecin qui ne s’occuperait pas d’un patient. Chacun doit faire son métier, même s’il est ingrat. Nous, les artistes, nous n’aimons pas l’ordre absolu, nous serions révoltés qu’il soit fortement imprimé dans la société. Mais il y a un minimum obligatoire. Il y a beaucoup de violence à Paris. Je m’y sens de moins en moins en sécurité.
— Il y a quelque temps, vous disiez que les forces de l’ordre vous saluaient en général gentiment. Pourtant, vous avez eu une petite mésaventure il y a peu...
— Je me trouvais sur les Champs-Elysées, à un feu rouge. A ma hauteur il y avait une voiture avec quatre flics. Ils se parlaient en me regardant. J’ai démarré au vert et cinq minutes plus tard, ils m’ont dépassé, se sont rabattus et m’ont obligé à me garer. Ils m’éclairaient le visage avec une torche, j’ai cru qu’ils allaient me passer les menottes! Ni mon passager ni moi n’avions attaché notre ceinture. J’ai écopé de deux prunes de 90 euros, et on m’a enlevé trois points sur mon permis. Ils sont restés plus de vingt minutes avec moi, ont appelé des collègues par talkie-walkie, vérifié qui était la personne qui m’accompagnait, ont ouvert la boîte à gants... Là, c’était vraiment de l’abus de pouvoir, un petit jeu. Pendant ce temps, ils avaient mieux à faire! Je venais d’assister à une projection assez médiatique et une bagarre provoquée par une bande était en train de dégénérer devant la salle...
— Maintenant que vous n’avez plus que trois points sur votre permis, vous êtes-vous renseigné sur le coût d’un chauffeur au mois?
— Exactement! Si j’oublie encore de boucler ma ceinture ou si je dois absolument répondre au téléphone, je n’aurai plus de permis. Je me débrouillerai alors avec mes amis de la Criminelle...
— Pourquoi avez-vous choisi le métier de comédien?
— A 13 ans déjà, j’étais convaincu que c’était ma voie. C’était comme une évidence. Je suis entré alors, grâce à une dispense, au Conservatoire de Nice. Trois ans après, j’ai décroché le premier prix d'interprétation et je suis monté à Paris. A l’époque, je ne pensais qu’au théâtre, jusqu’au jour, bien plus tard, où je suis allé passer un casting pour le rôle principal d’un téléfilm. J’ai été engagé et les tournages se sont enchaînés.
— Aujourd’hui, si vous deviez faire un choix entre la comédie et la réalisation, quel serait-il?
— Je ne peux pas répondre, j’ai beaucoup de mal à prendre des décisions dans ma vie. C’est valable dans mon métier, mais également en cuisine, au niveau des voyages...
— Avec les femmes aussi?
— En effet Je me sens encore un peu ado...
— Vous êtes né sous le signe de la Balance?
— Non, je suis Bélier, ascendant Gémeaux. On dit qu’à partir de 30 ans, l’ascendant prend le pas, et c’est vrai que je me sens de plus en plus Gémeaux. Il y a vraiment deux personnes en moi. C’est drôle, car, jusque-là, cette double réalité manquait dans ma profession. Eh bien, ça y est...
— Ces quatre dernières années vous ont-elles beaucoup apporté sur les plan professionnel et privé?
— Mon existence professionnelle est bien remplie, mais, faute de temps et de disponibilité d’esprit, cela ne se répercute pas forcément sur ma vie personnelle. Je m’estime très privilégié dans le travail, mais je sais que ce n’est pas juste. Je suis conscient que je mérite moins que d’autres, qui ont davantage de talent que moi. Construire une carrière, ça n’existe pas, on tente simplement de ne pas la détruire. Quant à la vie privée, on ne la choisit pas. On évite les voies sans issue. Et, au fur et à mesure que les années passent, on apprend de plus en plus, ce qui ne nous empêche pas de reproduire les mêmes erreurs... Mais je ne suis pas déprimé pour autant, je prends ça comme une fatalité presque positive. Dans « La facture », Françoise Dorin développe l’idée que si notre existence est trop belle, on le paie très cher un jour, et que plus on évolue dans des sphères de vie idéale, plus la note sera lourde.
— Cela rejoint un peu le phénomène des nombreuses stars qui ont disparu jeunes...
— Oui, cela a été le cas avec Marilyn Monroe, James Dean, Elvis Presley... Et comment va finir la carrière de Michael Jackson? Car il n’y a plus tellement de raisons qu’elle se poursuive, quoi qu’il se passe. Bizarrement, dans le show-business, il y a un élément qui phagocyte les artistes. Nous ne menons pas une existence normale. Etre médiatisé est complètement anti-naturel. On se donne l’illusion qu’on a une vie privée et qu’on n’appartient pas au public, mais ce n’est pas vrai. On est jour et nuit en connexion avec le métier. En plein milieu d’un séjour à Tahiti, votre agent vous appelle pour quelque chose d’important, et vous rentrez, ce que ne fait pas un instituteur, par exemple.
— Anormal et heureux de l’être?
— Oui, bien sûr.
— Côté sentimental, ressentez-vous un manque?
— C’est moi qui génère le manque, les autres sont présents. Je m’en veux et, à l’arrivée, oui, j'éprouve une frustration... Cela fait partie des choix non délibérés.
— Etes-vous un solitaire?
— Absolument pas, je suis toujours entouré. J’ai pris un grand appartement pour organiser tout le temps des dîners. J’invite souvent mes amis au restaurant. Je pars en week-end ou je voyage avec eux... Je noie un manque d’ordre affectif en voyant beaucoup de gens, mais nos rapports sont sincères. J’ai peu d’amis, mais j’y tiens énormément. Ils m’équilibrent.
— Qu’est-ce qui vous agace autour de vous?
— L’incompétence, le mensonge... J’ai été élevé en province, dans un milieu à peu près harmonieux, où l’on m’a appris à dire la vérité. J’ai commis pas mal d’erreurs tactiques dans ma vie, par volonté de clarté, de franchise, de partage...
— Qu’est-ce qui vous révolte?
— Le procès de Bertrand Cantat m’écœure. J’espère ne jamais devoir être juré, parce que, dans ce cas-ci, je ne sais pas quelle devrait être sa peine : deux ans, vingt ans, cent ans? Je m’en fous. De toute façon, pour moi, il n’existe plus. Le pouvoir fonctionne pour nous et l’on ne nous explique rien, on ne nous rend pas de comptes. Tout s’est déshumanisé, tout fait peur. C’était beaucoup plus doux, souriant, détendu il y a vingt-cinq ans. En rue, les passants n’ont pas l’air heureux. Ils parlent de leurs problèmes d’argent, de santé, de la pollution, du bruit, du manque d’emplois... La vie entière a changé, elle est centrée désormais sur le travail, le combat quotidien, le danger. D’où l’agressivité, la fébrilité des gens, qui sont de plus en plus repliés sur eux-mêmes. Je suis inquiet pour la société de demain. Je suis content de ne pas avoir 10 ans aujourd’hui, je préfère mourir dans quarante ou cinquante ans, ça me suffit.
— Vous êtes très proche de vos parents...
— Ils ont cru en moi sans rien connaître au métier de comédien. J’éprouve une infinie reconnaissance pour eux. Ils nous ont poussés comme des fous, ma sœur, qui est concertiste, et moi. Ce sont vraiment des mécènes de cœur.
— Songez-vous à la paternité?
— J’y pense, en me disant que c’est très prétentieux. Quand on fait des enfants, sans être alarmiste ni négatif, il faut donner un sourire à la vie. Pour ma part, je ferais en sorte que les miens soient conscients qu’elle n’est pas spécialement belle, car cela aide à mieux la supporter. Fonder une famille aujourd’hui, c’est vraiment miser tout sur le rouge. Je suis actuellement en demande d’adoption. L’occasion de mettre un bébé en route ne se présentant pas et comme je vieillis, je me dis que c’est peut-être le moment de prendre cette décision. De toute façon, même si j’étais déjà papa, j’adopterais un ou deux enfants en plus. J’ai envie de faire le cadeau d’une belle existence à un petit dont ce n’est pas le destin.
— Une adoption en célibataire, alors?
— Oui, ce qui est très difficile, mais j’y travaille.
— Et vous vous sentez la capacité d’assumer?
— Oui, malgré le travail supplémentaire et l’investissement psychologique que cela représente. Je sens que j’ai de la place pour ça dans ma tête et dans ma vie... Etre célibataire, homme et artiste amoindrit mes chances, mais je ne perds pas l'espoir. Si le peu de notoriété dont je jouis peut m’aider à faire aboutir ma demande, tant mieux. J’en ai parlé à mes parents, qui me poussent à persévérer.
— Votre mère ne vous conseille pas de convoler avant?
— Mais j’ai été marié! J’ai divorcé. Comme elle se rend compte que je ne vais pas trouver facilement une compagne, elle trouve ma démarche évidente.
— Seriez-vous trop impliqué dans votre métier?
— Oui, mais je touche du bois. Je pense que je suis dans une courbe ascendante. Je suis obligé de déployer une grande énergie pour faire en sorte de pérenniser ce travail. Les artistes ont besoin de beaucoup d’envergure pour avancer dans leur métier, car leurs ailes sont assez larges. L’enfant, vous l’emportez dans tout ça, pas la personne avec qui vous vivez. Elle vous suit, elle est à côté.
— Votre divorce vous a-t-il particulièrement marqué?
— Je ne crois pas que je me remarierai un jour. Cet engagement change un peu les données du problème. Etre libre, c’est mieux. Avant tout parce que cela éveille un petit sentiment de danger. C’est vachement intéressant de se sentir deux personnes autonomes...